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50 ans d’ASF à Saint-Jean-le-Blanc : un petit village au cœur du volontariat

Un petit village, de nombreux volontaires et un lien qui perdure depuis des décennies. Une histoire célébrée comme il se doit cet été en Normandie.

Grand groupe souriant posé en cercle pour un jubilé à Saint‑Jean (France), arbres et pelouse sèche en arrière‑plan.
50 volontaires et presque tout le village se sont réunis à Saint-Jean-le-Blanc en 2026 pour célébrer le 50e anniversaire du projet. Photo : collection privée.

Depuis 1976, des volontaires allemands d’ASF vivent et travaillent dans le petit village de Saint-Jean-le-Blanc, niché entre champs, prairies et bocages dans l’arrière-pays verdoyant de Normandie. À l’occasion du 50e anniversaire du projet, tous les anciens volontaires ont été invités à célébrer ce jubilé avec les habitants du village. De nombreux anciens volontaires, toutes générations confondues, ainsi qu’une grande partie du village se sont ainsi retrouvés pendant trois jours pour célébrer ce lien si particulier.

Le projet « Saint-Jean-le-Blanc – Les Volontaires au Bocage » est né à l’initiative de volontaires et se distingue encore aujourd’hui par son mode d’organisation unique. Les volontaires organisent leur travail quotidien de manière autonome, en concertation avec les membres de l’association « Les Volontaires au Bocage » : que faut-il faire ? Où a-t-on besoin d’aide ?

Chaque année, deux volontaires viennent prêter main-forte dans une dizaine de fermes des environs : nourrir les animaux et nettoyer les étables, semer, désherber et récolter fruits, herbes aromatiques et légumes, tailler les haies et réparer les clôtures, mais aussi participer à la fabrication du pain et du fromage. De nombreuses exploitations sont organisées en coopératives et pratiquent l’agriculture biologique. Les volontaires apportent également leur aide à une quinzaine de particuliers – artisan·es, artistes, personnes âgées – et participent aux activités d’un petit cinéma et d’une bibliothèque.

Partout, il y a toujours eu besoin de bras, et partout, les volontaires ont rapidement été accueillis et reconnus. Le midi, ils partagent le repas avec les membres de l’association et sont ainsi rapidement devenus partie intégrante de la vie du village. Mais leur présence ne se résume pas à la simple aide qu’ils apportent : il s’agit avant tout d’un partenariat fondé sur l’amitié. C’est une forme très particulière d’échange international au cœur du monde rural, qui dépasse également les générations : nombre des membres de l’association ont deux à quatre fois l’âge des volontaires. Autour de la table naissent ainsi des discussions passionnantes avec des personnes qui défendent souvent une philosophie de vie alternative, engagée et proche de la nature, qu’elles aiment partager et discuter avec les volontaires.

Derrière l’idylle rurale, les traces de la guerre restent visibles

Cette apparente idylle rurale s’inscrit cependant dans une histoire douloureuse. Dans les années 1970, les traces de l’occupation allemande et des violents combats pour la libération de la France et du continent étaient encore visibles. Les forces d’occupation allemandes avaient transformé la région en forteresse ; des milliers de personnes avaient été contraintes au travail forcé et déportées en Allemagne. Lors du débarquement allié sur les plages de la région, de nombreuses localités furent bombardées, avant que les troupes ne progressent à travers le dense paysage bocager. De nombreux habitants durent fuir, des quartiers entiers furent détruits et les champs restèrent jonchés de munitions et d’engins non explosés.

Après la guerre, ces expériences douloureuses ont longtemps été peu présentes dans les discours mémoriels officiels. Ce n’est qu’à partir des années 1990 que la région, notamment le long des plages du Débarquement, a connu un véritable essor du tourisme de mémoire. Mais parallèlement aux grands lieux de mémoire et aux cérémonies officielles, une mémoire « par le bas » s’est développée dans de nombreuses petites communes. Saint-Jean-le-Blanc en est un exemple.

Certains des membres les plus âgés de l’association ont vécu l’Occupation et la Libération lorsqu’ils étaient enfants et ont partagé leurs souvenirs avec les volontaires. L’un d’eux racontait que, près de 80 ans après la fin de la guerre, un homme âgé lui avait confié que certains mots allemands provoquaient encore chez lui des crises d’angoisse. Il avait alors adressé cette demande aux volontaires : « Ne vous sentez pas coupables du passé, mais prenez vos responsabilités pour votre présent et votre avenir. Allez à la rencontre des autres et dialoguez avec eux. Et ne perdez jamais votre espoir ni votre humanité. » À l’inverse, une jeune femme du village est partie en Allemagne avec ASF dans le cadre du programme international de volontariat.

Le week-end anniversaire a été organisé par l’association « Les Volontaires au Bocage ». De nombreuses personnes ont participé à l’organisation des hébergements et des repas dans le village. Début août, près de 200 personnes, dont 50 anciens volontaires, se sont ainsi retrouvées à la Ferme d’Escures pour un week-end de célébration. Cette coopération unit de nombreuses personnes dans la région, tandis que de nombreux anciens volontaires vivant aujourd’hui en Allemagne et dans d’autres pays continuent eux aussi d’entretenir un lien particulier avec ce lieu de Normandie.

Le premier soir, des anciens volontaires de tous âges se sont retrouvés autour d’un verre de jus de pomme. Beaucoup ne se connaissaient pas encore entre eux, mais chaque nouvel arrivant était chaleureusement accueilli par la même question : « … et toi, en quelle année as-tu fait ton volontariat ? »

Le lendemain, des jeux pour faire connaissance et les traditionnelles galettes étaient au programme. Répartis en petits groupes, les participants sont ensuite partis à la découverte de différents lieux dans lesquels les volontaires travaillent aujourd’hui ou ont travaillé par le passé. Deux films – une ancienne production de la ZDF ainsi qu’un court-métrage réalisé par un volontaire au début des années 2000 – et une exposition réunissant des centaines de photographies, de témoignages de volontaires et de conseils laissés à leurs successeur·es ont permis de mesurer tout ce qui a changé au fil du temps, mais aussi tout ce qui s’est transmis et préservé au cours de ces décennies d’engagement. Le soir, des groupes locaux se sont produits avant que, plus tard dans la nuit, les chansons d’une playlist franco-allemande ne résonnent dans toute la ferme.

Chacun est venu avec sa propre histoire et a laissé une trace

À la fin du week-end, Elisa Caron, membre du cercle d’amis, résumait ainsi cette expérience : « Tous les volontaires arrivent avec leur propre histoire, leur personnalité et leurs attentes. Tous vivent des expériences uniques et nouent leurs propres liens avec les familles d’accueil, les personnes avec lesquelles ils travaillent et les habitants du village. Ils découvrent un environnement entièrement nouveau, une autre culture et acquièrent de nouvelles compétences en découvrant la vie rurale. Dans le Bocage, ils ont partagé notre quotidien et laissé leur empreinte. Ils ont apporté leur propre culture et repartent avec des liens d’amitié qui perdurent au fil des décennies. »

Aucun autre projet d’Aktion Sühnezeichen Friedensdienste n’a réussi, comme celui-ci, à faire vivre pendant 50 ans l’esprit de paix et d’amitié franco-allemande tout en transmettant des valeurs écologiques et profondément démocratiques.

« Mais nous sommes décidés / Au lieu de faire la guerre / “Débarquer” dans vos fermes / Pour faire la paix et êtr’ de bons copains »

« Aber wir sind entschlossen / Anstatt Krieg zu führen / Auf euren Höfen aufzukreuzen / Für den Erhalt des Friedens und der Freundschaft »

(Klaus Mersmann & Peter Splieth, extrait d’une chanson composée pour le 10e anniversaire en 1986, actualisée en 2026)

Lucie Wiersing et Maxim Janke ont effectué leur volontariat ASF à Saint-Jean-le-Blanc jusqu’en septembre 2026. Leur volontariat s’inscrivait dans le cadre de l’Internationaler Jugendfreiwilligendienst (IJFD) et bénéficiait du soutien du Service Civique.

Retrouvez ici d’autres images du jubilé et de la Normandie

Lors du jubilé, la danse était également au rendez-vous. Au programme : musique, poésie et excursions sur les nombreux lieux d’engagement des volontaires. Photo : collection privée.
En plus des nombreux moments d’échange et de rencontre, les participant·es ont aussi eu tout le loisir de célébrer joyeusement le jubilé. Photo : collection privée.
50 volontaires et presque tout le village se sont réunis à Saint-Jean-le-Blanc en 2026 pour célébrer le 50e anniversaire du projet. Photo : collection privée.
Au cours de leur année de volontariat, les volontaires d’ASF apprennent beaucoup de choses, notamment à conduire de grosses machines, des tracteurs et des voitures. Photo : collection privée.
Un volontaire et un membre de l’association lors de travaux de coupe de bois.
Les récoltes sont vendues sur le marché.
La fabrication du pain et du fromage, parmi bien d’autres activités, fait également partie des missions des volontaires.
Les produits récoltés sont également directement utilisés pour cuisiner.
La récolte des pommes et leur transformation en jus, cidre et calvados font partie du quotidien des volontaires en Normandie.
Le « Château », l’ancien lieu de résidence des volontaires du Bocage. Photo : ASF.
Voir et goûter le fruit de son travail au fil de l’année : la récolte des courges.

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